Portrait

Avoriaz rend la neige plus verte


Depuis sa création en 1966, Avoriaz est un concept unique en France de station piétonne. Très sensible aux problématiques environnementales, la ville a remporté le prix de la station de ski la plus innovante au monde en matière de développement durable aux derniers World Snow Awards à Londres. Rencontre avec Stéphane Lerendu, directeur de l’office du tourisme d’Avoriaz, pour faire le point sur cet engagement environnemental.

Comment la station d’Avoriaz a-t-elle commencé à s’engager dans une démarche de développement durable ?
L’inscription de la station dans une démarche de développement durable est historique. Dès sa création dans les années 60, celle-ci a été imaginée comme une station piétonne, interdite aux voitures. Tous les déplacements y étaient (et sont toujours !) assurés à ski, en luge ou avec des attelages à chevaux, qui font encore aujourd’hui office de taxi ! Par ailleurs, à l’époque, les constructions avaient été imaginées avec une vraie préoccupation environnementale, en pratiquant une isolation par l’extérieur : ainsi, les bâtiments ont été équipés de toits porte-neige assurant une isolation naturelle, et les balcons sont désolidarisés des façades pour éviter les ponts thermiques. Depuis, tous ces principes ont été pérennisés.

Où en êtes-vous aujourd’hui de cette démarche ? 
Celle-ci a été intensifiée depuis le début des années 2000. La station a été certifiée ISO 14001 en 2007. Par ailleurs, nous veillons à assurer une préservation des ressources en eau. Pour respecter le cycle de l’eau, les ressources que nous prélevons dans le lac pour l’enneigement artificiel sont utilisées uniquement sur le versant où se situe ce lac, afin de lui permettre de reconstituer ses réserves à la fin de la saison. Nous organisons aussi un tri de quatorze déchets différents et assurons une réduction des déchets à la source, en pratiquant des achats raisonnés et en favorisant les produits recyclés.
Par ailleurs, entre 2009 et 2011, deux nouveaux quartiers 4 et 5 étoiles ont été construits. Cela a été l’occasion de réaliser un bâtiment basse consommation. Ces deux quartiers ainsi que le nouveau centre aquatique Aquariaz sont alimentés via une chaufferie à bois.

On voit de plus en plus de stations s’engager dans ce type de démarches en France…
De notre côté, nous préférons communiquer très peu dans la presse sur notre démarche. Ces dernières années, toutes les stations se sont mises à communiquer sur le fait qu’elles étaient plus “durables”. Mais construire un parking en bas d’une station ne veut pas dire faire du développement durable. Par ailleurs, nous restons très modestes par rapport à notre démarche… Nous avons organisé en 2007 un forum intitulé “Les stations de montagne s’engagent pour la planète”, auquel ont notamment participé des stations françaises mais aussi autrichiennes, suisses, américaines, canadiennes, etc. On a pu se rendre compte à quel point la France est à la traîne ! Les stations suisses travaillent activement à la régénération des glaciers. Et elles vont beaucoup plus loin que nous dans le sens du développement durable.

Comment expliquez-vous ces différences ?
Toutes ces démarches sont très coûteuses et les incitations fiscales restent timides… Par ailleurs, le modèle des stations de ski est très peu favorable à ça : celles-ci doivent rentabiliser leurs activités sur quatre mois de l’année et elles sont par la suite désertées le reste de l’année.

Est-ce que cette démarche de développement vous assure plus d’affluence dans la station ? 
Oui et non. Les vacanciers ne viennent pas à Avoriaz en raison de notre démarche de développement durable. Mais le fait qu’il s’agisse d’une station piétonne est le premier déclencheur de séjour. Les skieurs apprécient le confort que cela procure, le fait d’être dans une station “skis au pied”. Ils aiment aussi la qualité du paysage : l’une des manifestations perceptibles de notre démarche de développement durable est en effet que la neige est ici blanche tout le temps puisqu’elle n’est pas noircie par les pots d’échappement.
En revanche, les professionnels sont très sensibles à cet engagement. Notre démarche a beaucoup été relayée dans les cercles professionnels et certaines marques nous ont apporté un soutien pour développer des actions.

Comment pensez-vous continuer vos efforts dans les années à venir ? 
Notre objectif numéro un est de préserver le caractère piétonnier de la station, ce qui est un combat de tous les jours ! Nos engins à chenille utilisés pour ravitailler les restaurants et les boutiques sont en fin de vie. C’est ainsi l’occasion de pouvoir les remplacer par des modèles électriques. Nous sommes optimistes pour l’avenir de ce type de démarche : les technologies sont de plus en plus performantes et de moins en moins coûteuses dans le domaine !
eco-jonction janvier 2016

 

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