Portrait

Les artisans d’une informatique plus responsable

DotRiver propose de faire héberger les espaces de travail sur des bureaux virtuels, sur des serveurs. Ce système permet de doubler, voire de tripler la durée de vie des ordinateurs. Une solution à la fois économique et écologique. Rencontre avec le fondateur de DotRiver, François Aubriot.

Comment est né DotRiver ?
L’idée est née en 2003 dans un incubateur de sociétés pour répondre aux besoins des incubés. Nous voulions leur fournir un environnement de travail auquel ils puissent accéder de partout, tout en fournissant des postes de travail qui ne coûtent pas cher. Nous avons aussi fait le choix de leur installer des logiciels libres pour réduire les coûts de maintenance des postes. Les personnes qui ont été amenées à tester notre système avaient des profils variés : il pouvait s’agir de professionnels du tertiaire, d’artisans, etc. Et ils ont vraiment adhéré au principe. C’est pour cette raison que nous avons décidé de développer cette activité dans le cadre d’une SSLL (société de services en logiciels libres) à partir de juin 2008.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Nous avons des clients très variés : des écoles, des brasseries, des professionnels de l’immobilier, de l’événementiel, des associations, etc. Cela va de la grande entreprise aux artisans.

Avez-vous intégré le développement durable dès le début dans votre stratégie ?
Oui, c’est une dimension que nous avions à l’esprit dès le départ. Pour fabriquer un PC, il faut 240 kg d’énergie fossile, 1500 litres d’eau et 22 kg de produits chimiques (dont du plomb, du mercure, de l’arsenic, du chrome, des plastiques non biodégradables). L’impact sur l’environnement de la fabrication d’un PC est énorme, d’où l’intérêt de prolonger sa durée de vie au maximum… La consommation électrique d’un ordinateur ne représente que 15% de son impact CO2 contre 85% pour les étapes de fabrication/recyclage. Il faut aussi prendre en compte le fait que le recyclage est problématique : on n’est capable de recycler que 20% d’un ordinateur en France actuellement. Et le recyclage à l’étranger se fait souvent dans des conditions sociales déplorables…

Chez DotRiver nous utilisons des ordinateurs qui ont plus de 10 ans. Car, en stockant tout l’environnement de travail sur des serveurs, nous pouvons utiliser des ordinateurs qui ont des capacités moindres puisqu’ils servent de simple terminal. Toutes les opérations qui nécessitent des ressources en mémoire sont effectuées directement sur le serveur.

Les entreprises et les collectivités ont très souvent des ordinateurs surdimensionnés par rapport à l’utilisation qu’ils en font. En effet, la plupart du temps, les utilisateurs n’ont besoin que d’un traitement de texte, d’un tableur et d’un accès à Internet. Pour cela, ils n’ont pas besoin d’avoir un PC dernière génération. Mais, dans les faits, comme le matériel est amorti comptablement en trois ans, les services informatiques ont tendance à refaire le parc à neuf tous les trois ans. C’est une aberration économique et écologique…

Est-ce que vos clients sont sensibles à cette notion de développement durable ?
Ils sont avant tout attachés à l’argument sécurité : en effet, puisque toutes les informations sont hébergées sur Internet, on ne trouve aucune donnée sensible localement sur les PC. Ils sont également sensibles aux dimensions liées au collaboratif (tous les collaborateurs peuvent accéder aux mêmes outils sur un même environnement de travail) et à la mobilité (j’ai accès à mon poste de travail depuis n’importe quel ordinateur). Le développement durable n’est qu’un plus, une réassurance. Les entreprises voient avant tout le côté économique : en utilisant des ordinateurs moins puissants (et donc moins cher) et en favorisant des logiciels libres (qui ne nécessitent pas l’achat de licences), elles peuvent réduire de 60 à 80% leur facture bureautique.

Est-ce que cette politique de développement durable se manifeste au quotidien dans votre entreprise ?
Nous avons développé un fort volet sociétal, visant à réduire la fracture numérique. Nous nous engageons au quotidien avec des associations comme Exaservices pour favoriser le travail des handicapés ou le Centre Social de Belleville pour la formation des primo-acce?dants a? l’informatique. Nous développons aussi des “villages mobiles” pour permettre aux sans-abris d’avoir accès à Internet et à l’outil informatique.

Quels sont vos projets pour l’année à venir ?
Nous participons à un projet financé par l’Etat, qui s’appelle Nuage-France. Il s’agit d’un projet de recherche et développement d’un coût de 10 millions d’euros, financé à moitié par l’Etat et réunissant une dizaine d’entreprises. Il vise à développer de petits data-centers (centres de traitement de données) éco-conçus sur le territoire français. C’est un projet cohérent avec la démarche que nous défendons.
www.dotriver.eu
eco-jonction février 2013

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