Portrait

Un Breton invente un plastique 100% végétal à partir d’algues


Rémy Lucas a imaginé un matériau innovant fabriqué à partir d’algues brunes destiné à se substituer au plastique. Aujourd’hui, son produit intéresse de grands groupes internationaux.

Comment est née la société Algopack ?
Je suis issu d’une famille de goémoniers du Finistère, présente dans le secteur des algues depuis 200 ans. J’ai travaillé pendant une quinzaine d’années dans la plasturgie dans des groupes internationaux puis sur les premiers substituts plastiques créés à partir de maïs (PLA). Puis, j’ai commencé à imaginer un substitut du plastique à partir d’algues. C’est là que j’ai fait la jonction entre mon expérience professionnelle et mon histoire familiale. J’ai avancé sur le projet de 2000 à 2010 dans mon garage. Cette start-up de la “chimie bleue” est aujourd’hui installée à Saint-Malo et fait travailler trois personnes sur un site de production de 750 mètres carrés.

Pourquoi avoir choisi de créer un substitut au pétrole à partir d’algues ? Il existe déjà des substituts à partir de pomme de terre et des maïs par exemple comme vous l’évoquiez ? 
Les algues ne nécessitent ni engrais ni pesticides et ne consomment presque pas d’eau pour leur culture. Par ailleurs, elles sont disponibles à la fois localement et au niveau international. Elles absorbent également du CO2 et, surtout, n’empiètent pas sur le foncier agricole, ce qui est un point important à une époque où les enjeux alimentaires sont forts.

Pouvez-vous nous présenter les matériaux que vous avez développés ? 
Nous avons tout d’abord lancé la gamme Algoblend, réalisée à partir de 50% de plastique et 50% d’algues en 2012, notamment afin de tester le process de transformation de la plasturgie. Cette matière recyclable est aujourd’hui utilisée dans les secteurs de l’alimentaire, les cosmétiques, l’automobile et la téléphonie (via un partenariat avec Orange notamment).

Puis, en 2013, nous avons commencé à travailler sur Algopack, réalisé à partir de 100% d’algues. En fin de vie, ce matériau a l’avantage de se désintégrer en douze semaines dans la terre en apportant des fertilisants. Le cercle est donc vertueux jusqu’à la fin de vie. Le premier produit que nous allons commercialiser à la rentrée est une clé USB de 8 Go, fabriquée entièrement à Saint-Malo. Nous sommes également en discussions pour nous développer sur d’autres secteurs d’applications.

Quels sont les retours des professionnels qui pourraient utiliser ces matériaux ? 
Ils sont très positifs ! Nous sommes en train de nouer des partenariats au niveau mondial avec de grands groupes. Nous nous développons plus vite que je ne l’avais programmé ! Il s’agit du développement dont je rêvais ! Mais je garde cet esprit de marin paysan avec les pieds sur terre : dans notre prévisionnel, j’avais imaginé une montée en puissance plus lente et une reconnaissance mondiale plus longue à venir. Nous ne disposons d’aucune puissance commerciale en interne mais les groupes viennent directement à nous.

Pourquoi s’intéressent-ils à ce matériau ? 
Ces dernières années, on a vu beaucoup de greenwashing autour des enjeux du développement durable. Mais aujourd’hui, tous les grands groupes ont une stratégie forte pour développer des bioplastiques. Ils ont la volonté de remplacer les plastiques par des matériaux plus vertueux. Ils se recentrent sur des stratégies plus authentiques.

Comment envisagez-vous votre développement dans les années à venir ?
Nous allons monter tranquillement en puissance dans les cinq ans à venir. Nous allons augmenter notre capacité de production et renforcer nos équipes. Si aujourd’hui les ventes en Europe représentent la majorité de notre chiffre d’affaires, nous allons fortement nous développer dès l’an prochain à l’international. Nous visons un objectif de chiffre d’affaires de 30 millions d’euros dans les années à venir.

Alors que nous sommes en plein dans l’année du climat et à l’approche de la COP21, nous avons sur le territoire breton une solution d’avenir pour le climat et les océans. Aujourd’hui, 450 kg de plastiques se déversent en mer à la seconde. Nous offrons une véritable solution en amont à ce problème et une opportunité pour développer une vraie filière industrielle.
Plus d’infos sur www.algopack.com
eco-jonction juillet 2015

 

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