Portrait

Un ex-danseur dépoussière le nettoyage industriel

A 25 ans, quand Mathieu Boullenger, danseur professionnel, a commencé à faire des ménages pour arrondir ses fins de mois, il était loin de se douter qu’il serait, huit ans plus tard, à la tête de 200 personnes. Rencontre avec le fondateur des entreprises Plus que Parfait et Le Petit Plus, respectivement dédiées au nettoyage industriel et à la collecte et au recyclage des déchets de bureau.

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ? Pourquoi avoir créé Plus que Parfait ?
En 2005, j’ai eu, pour la première fois de ma vie, besoin de rechercher un boulot alimentaire. J’étais à l’époque danseur professionnel et je rentrais d’une tournée en Italie avec la comédie musicale Les Dix Commandements. Nous nous sommes tous rendus compte que nous n’avions pas été déclarés par la production italienne, ce qui posait un vrai problème pour mon statut d’intermittent en France. Mon oncle venait de lancer une entreprise de nettoyage et cela m’a tout de suite intéressé parce qu’en faisant des ménages tôt le matin, je pouvais continuer à pratiquer mon art le reste de la journée.

Au commencement, il ne s’agissait pas du tout d’une envie d’entreprendre, mais seulement de trouver un emploi qui me permette de continuer à exercer mon art. Mais je me suis très vite découvert des qualités commerciales et une facilité relationnelle qui m’ont permis de recruter rapidement une, deux puis trois personnes. Et, aujourd’hui, Plus que Parfait emploie 200 personnes.

Pourquoi avoir décidé de vous positionner sur le créneau écologique ?
J’ai toujours été un peu militant écolo. Dès la création de l’entreprise, j’ai cherché des produits éco-labélisés, sans communiquer là-dessus auprès de mes clients. En 2005, les produits éco-labélisés coûtaient 50% plus chers que ceux issus de la pétrochimie. Mais, ce qu’il faut bien voir, c’est que les produits d’entretien ne représentent que 2,5% du chiffre d’affaires d’une entreprise de nettoyage. De mon côté, cela montait à 5%, ce qui restait tenable pour une société de la taille de la mienne. Aujourd’hui, les produits éco-labélisés sont quasiment (à 2 ou 3% près) au même prix que ceux issus de la pétrochimie. La question qu’il faudrait plutôt se poser, c’est pourquoi aujourd’hui tout le monde dans le secteur du nettoyage n’utilise pas des produits écologiques !

A mon sens, l’écologie est quelque chose de simple à mettre en place dans une entreprise de nettoyage. Il suffit d’acheter les bons produits, de faire attention aux consommations d’eau et d’électricité chez les clients, etc. Actuellement, je suis en train de réfléchir à mettre en place une solution de récupération des eaux de pluie pour les utiliser chez mes clients afin d’économiser de l’eau.

Mais, dans une démarche de développement durable, le plus important est de hiérarchiser les enjeux. Dans une entreprise de nettoyage, la priorité, c’est l’humain. C’est pour cette raison que la partie sociale a toujours été une priorité pour moi.

Qu’avez-vous fait sur le plan social au sein de vos sociétés ?
Dans une entreprise de nettoyage, il y a un turn-over très important. Un agent de propreté change environ tous les trois ans de société. J’avais à cœur de créer un vrai sentiment d’appartenance. J’organise ainsi des rendez-vous réguliers avec mes salariés et les invite à se rendre avec moi chez les fournisseurs pour qu’ils m’aident à choisir les produits.

Par ailleurs, je viens d’une famille de travailleurs sociaux, c’est donc tout naturellement que j’ai fait appel à des personnes éloignées de l’emploi, en me rapprochant de maisons d’arrêt ou d’organismes chargés de l’insertion de personnes en situation de handicap. De même que pour le développement durable, je n’en faisais pas un argument commercial, c’était avant tout une démarche personnelle. Cela semblait de toute façon assez difficile à vendre : allez dire à une grande société du luxe que vous allez faire travailler des détenus dans ses locaux !

J’ai également très tôt mis en place une gouvernance à temps partagé. J’ai embauché un RDH, un directeur du développement durable, un directeur financier, un directeur qualité, tous employés quelques jours par semaine. Pour le même salaire, j’aurais pu embaucher un PDG multi-casquettes qui sait tout faire. Mais, grâce à ce système, je peux faire appel à des personnes très pointues dans leur domaine qui ont beaucoup à apprendre aux cadres de ma société et à moi-même. C’est très enrichissant.

Pensez-vous que c’est grâce à ce positionnement que vos entreprises se sont autant développées ?
Je pense que c’est avant tout la sincérité qui a contribué à notre succès. On fait les choses sans forcément en parler mais parce qu’elles nous paraissent importantes : vous pouvez d’ailleurs voir qu’on ne met pas du tout en avant notre démarche de développement durable sur notre site… on est très loin du green-washing ! Je ne suis pas dans une démarche mercantile à tout prix, je cherche avant tout à faire une entreprise belle, où les salariés se sentent bien. A l’inverse de l’effet d’aubaine actuel autour du développement durable, notre positionnement est vrai et sincère. Et cela se sent ! Pour Le Petit Plus, qui est une entreprise d’insertion employant 80% de personnes en situation de handicap, même si l’activité n’a véritablement démarré qu’il y a un an et demie, nous avons déjà un beau portefeuille de clients prestigieux : Louis Vuitton, DCNS, Europ Assistance, la CAF des Hauts-de-Seine, etc.
Plus d’info www.plusqueparfait.fr
eco-jonction octobre 2013

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