Portrait

Une coopérative réinvente le troc entre les entreprises


Le troc est vieux comme le monde… Mais dans une période propice à l’économie collaborative, circulaire et de proximité, l’échange semble trouver un nouveau souffle. Il séduit même les professionnels ! Rencontre avec Samuel Cohen, co-fondateur de la plateforme coopérative d’échanges inter-entreprises France Barter.

Qu’est-ce que France Barter ?

Il s’agit d’une place de marché lancée en 2014, qui organise un mode de commerce et de financement innovant, basé sur l’échange de services et de marchandises pour les TPE et PME principalement. Concrètement, une entreprise inscrite sur le réseau va pouvoir échanger des services et des produits avec d’autres sociétés adhérentes à France Barter. Par exemple, une société d’événementiel pourra organiser un événement pour un cabinet d’expertise comptable. Et, pour “payer” cette prestation, ce cabinet pourra, lui, proposer des services de comptabilité à d’autres entreprises du réseau en échange.

Pourquoi les entreprises devraient-elles favoriser ce système d’échange ?

Notre activité est basée sur une notion d’économie collaborative, circulaire et de proximité. En effet, ce système favorise le développement de relations commerciales entre des entreprises situées dans une même zone géographique. Je pense par exemple à une société qui avait l’habitude de faire réaliser des T-shirts imprimés à l’autre bout du monde et travaille aujourd’hui avec une entreprise de sa région : celle-ci était peut-être moins compétitive en termes de prix mais est devenue intéressante dans le cadre d’un échange.

Par ailleurs, notre plateforme offre deux opportunités pour les entreprises : tout d’abord, celles-ci vont pouvoir préserver leur trésorerie, en finançant leurs dépenses courantes (souvent peu ou pas financées par les banques) en produisant pour les clients du réseau ; par ailleurs, notre plateforme va leur permettre de développer leur clientèle, en entrant en contact avec de nouveaux clients.

Près de deux ans après votre lancement, où en êtes-vous de votre développement ?

Aujourd’hui, 500 entreprises sont membres du réseau. Et, parmi elles, 85% sont actives, ce qui signifie qu’elles ont déjà réalisé des transactions. En 2015, nous avons enregistré un volume d’échanges représentant plus d’un million d’euros. Et nous sommes actuellement en train de boucler une levée de fonds en financement participatif de 200 000 euros. Au début, les entreprises étaient relativement timides en termes de volume d’échanges. La transaction moyenne s’élevait à 1000 euros et concernait des prestations peu stratégiques, comme la réalisation de cartes de visite, des impressions ou du conseil juridique. Nous avons doublé cette transaction moyenne et aujourd’hui de plus en plus d’entreprises utilisent la plateforme pour trouver des partenaires stratégiques pour leur activité.

L’échange entre entreprises semble encore peu développé en France. Pourquoi ? Et qu’en est-il des autres pays ?

J’ai découvert ce mode de commerce aux Etats-Unis en 2008 pendant la crise. A l’époque, les banques finançaient moins les TPE et PME et l’échange a permis aux entreprises de trouver une nouvelle façon de se financer et de poursuivre leur développement. L’échange entre entreprises est très développé en Amérique du Nord, où on compte près d’une centaine de sociétés sur ce secteur. En Australie, deux sociétés se partagent le marché.

Du côté de l’Europe, la monnaie interentreprises WIR a été développée dès les années 30 en Suisse ! Aujourd’hui, entre un tiers et un quart des sociétés suisses utiliseraient ce système d’échange ! En France, les SEL (systèmes d’échanges locaux) ont nés pour les particuliers. Certains corps de métiers, comme des coiffeurs ou des maçons, sont entrés dans ces formes de troc mais des jurisprudences de la Cour de cassation ont coupé court à ces pratiques quand il s’agit de professionnels (la fiscalité est différente). Puis, en 2013, un rapport interministériel a posé les bases pour les plateformes d’échanges interentreprises en France.

Quels sont vos projets pour continuer de développer France Barter ?

Grâce à la levée de fonds que nous sommes en train de boucler, nous souhaitons étoffer notre équipe de commerciaux et de développeurs web. Par ailleurs, nous allons poursuivre une expérimentation menée en 2015, en favorisant l’émergence d’écosystèmes locaux. En effet, en 2015, en plus de nos implantations à Paris et Lyon, nous avons ouvert deux bureaux avec des entrepreneurs locaux à Albertville et à Pointe-à-Pitre (Karaib barter Exchange) pour animer localement le réseau d’entreprises sous la bannière France Barter. Nous sommes donc actuellement à la recherche de relais locaux qui puissent prendre à leur charge la création et l’animation d’un réseau local dans leur ville ou leur région. Par ailleurs, nous allons mettre en place un plan de communication pour faire plus connaître plus largement la plateforme et le système de l’échange entre entreprises.

Plus d’informations sur   www.francebarter.coop
eco-jonction mai 2016

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