Portrait

Une entreprise qui n’emploie que des chômeurs


Quand il a créé sa société en 2007, James Faricelli a fait un pari : celui de ne recruter que des collaborateurs éloignés du marché de l’emploi. Près de dix ans plus tard, sa philosophie n’a pas changé. Et loin d’avoir été un frein à son développement, elle a été un des moteurs de la croissance de cette société spécialisée dans les solutions de sécurité incendie. Rencontre avec un chef d’entreprise inspiré et militant.

Pourquoi avez-vous décidé de n’employer que des personnes éloignées de l’emploi ? 
Dès la création de ma société, j’ai eu cette envie de changer les choses à mon niveau. A l’origine, j’avais la volonté de ne recruter que des jeunes issus des quartiers. Cela allait de pair avec le fait d’implanter ma société à La Villeneuve, où a été installée la zone franche urbaine de Grenoble. Puis, au fur et à mesure, je me suis rendu compte que les jeunes des quartiers n’étaient pas les seuls à avoir des difficultés à trouver un emploi. De nombreuses personnes sont victimes de discrimination en raison de leur âge, leur sexe, leur nom ou leur niveau de diplôme. J’ai ainsi décidé d’élargir mon spectre en recrutant uniquement des personnes en recherche active d’emploi ne répondant pas aux critères des grands groupes.

Comment réagissent vos clients ? 
Les réactions sont très différentes selon les interlocuteurs. Certains s’en fichent et travaillent avec nous parce que nous sommes toujours à la pointe de l’innovation technologique dans notre secteur. D’autres en revanche viennent nous chercher car ils ont entendu parler de notre démarche. Si nous n’étions pas bons, nos valeurs ne suffiraient pas. Mais elles sont un vrai plus auprès de certains clients !

Votre entreprise a bientôt dix ans. Quel bilan tirez-vous de cette démarche ? 
Cette démarche n’a pas été un frein au développement de mon entreprise. Je dirais même bien au contraire ! Cette politique du management de la diversité me permet de bénéficier d’énormément d’idées. Dans les grands groupes, tout le monde est construit sur le même moule. Chez Alyl Sécurité, je dirais que l’entreprise s’est développée pour moitié grâce à mes idées et pour moitié grâce à celles des salariés !

Vous avez enclenché un vaste plan de développement. Est-ce facile de concilier ce développement avec votre démarche de recrutement ? 
Quand j’ai créé mon entreprise en 2007, je n’avais qu’un salarié. En 2014, j’en avais 7. Deux ans plus tard, j’en emploie 27. L’objectif 2015/2020 est d’implanter Alyl Sécurité partout en France. A cet effet, je viens de boucler une levée de fonds d’un million d’euros. L’objectif est de créer 20 nouvelles agences pour employer 200 personnes d’ici 2020.

Ce développement m’a permis de me rendre compte que nous avions des capacités d’intégration limitées dans l’entreprise. Quand nous accueillions un nouveau salarié chaque année, nous avions le temps de le former. C’est nettement moins aisé avec dix par an… Nous avons donc créé une école de formation interne.

Est-ce que votre démarche crée des émules ? 
Ce qui est certain, c’est qu’elle intéresse de plus en plus de monde. C’était mon but : je sais bien que je ne vais pas changer les choses en France à propos des injustices sur le marché de l’emploi en employant 200 personnes. Mais en prouvant que cela fonctionne, d’autres vont le faire et nous pouvons créer ainsi des milliers d’emplois !

Nous avons déjà prévu de franchiser notre école de formation interne pour aider d’autres entreprises à sauter le pas et mieux intégrer les personnes éloignées de l’emploi. Nous avons déjà été contactés par des structures et notamment Pôle Emploi, qui cherche des formateurs qui ont l’expérience de travailler avec ces publics.

Plus d’informations sur : www.alyl.fr
eco-jonction juin 2016

 

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