Portrait

Une PME charentaise invente un robot recycleur


L’entreprise CITF, basée à Saint-Cybardeaux en Charente, a développé un séparateur innovant capable de récupérer près de 100% du cuivre à partir de toutes sortes de câbles électriques. Une première étape pour cette société créée en 2009 par François Lalut, qui travaille déjà sur un nouveau procédé, dédié au tri des plastiques ! Rencontre avec Cédric Lubat, directeur technique du département Développement.

Comment fonctionne ce séparateur recycleur ?
Depuis 2014, grâce à notre démarche d’innovation constante, nous avons commencé à nous positionner sur la fabrication et la mise sur le marché de machines de série pour le secteur du recyclage. Nous avons ainsi développé un séparateur innovant capable de revaloriser des métaux non ferreux, comme le cuivre, l’aluminium, l’or, le titane, etc. Celui-ci traite 100 kilos de câbles électriques par heure. Cette machine permet ainsi de revaloriser près de 100% du cuivre, même à partir de câbles électriques contenant une quantité très faible de cuivre, souvent délaissés comme les câbles de DEEE (Déchets Electriques et Electroniques).

De part son haut rendement de séparation, cette machine permet également de récupérer les quelques pourcents de cuivre encore présents dans les déchets plastiques en sortie des process classiques de revalorisation des déchets de câbles électriques. Il s’agit d’un procédé innovant, s’appuyant sur une attraction par champ électrique, développé en partenariat avec le Groupe Suez et le laboratoire Pprime de Poitiers, rattaché au CNRS. Cette machine a été présentée au salon World Efficiency à Paris en octobre dernier et a suscité un vif intérêt de la part des industriels.

En quoi ce séparateur se distingue-t-il des solutions existantes ?
Des solutions existaient déjà sur le marché mais ne permettaient pas de récupérer 100% du cuivre. De plus, notre solution ayant une flexibilité totale permet indifféremment de revaloriser tous les types de câbles électriques présents sur le marché. Cela va ainsi permettre de réaliser des économies de minerais car la proportion d’utilisation du cuivre recyclé va augmenter, économisant son extraction via des mines de cuivre. Par ailleurs, cette séparation était réalisée jusqu’à présent par quelques gros centres de valorisation. Notre machine permet de s’inscrire dans une démarche plus durable d’économie circulaire. En effet, aujourd’hui, ces déchets de câbles sont rassemblés puis récupérés par des ferrailleurs ou des déchetteries, regroupés sur des plateformes puis envoyés dans des centres de retraitement. Notre machine offre la possibilité aux collecteurs des câbles de créer de la richesse directement sur leur site, sans avoir à passer par un centre de retraitement et avec nettement moins de transports donc d’émissions de CO2. Par ailleurs, nous sommes les seuls fabricants français de ce type de machine et les premiers au monde à utiliser ce procédé innovant pour ce type d’application.

Envisagez-vous de continuer à vous développer sur ce secteur du recyclage ?
Nous travaillons actuellement sur le tri des plastiques et la revalorisation des résines plastiques. Il s’agit de la continuité de nos développements liés aux câbles électriques mais on peut imaginer de nombreuses autres applications pour un tel procédé.

Est-ce que ces séparateurs répondent à un vrai besoin ?
Le marché du cuivre recyclé est loin d’être mature car, en 2014, sur une consommation mondiale de 28,9 millions de tonnes de cuivre, seulement 30% proviennent du recyclage. Aussi notre premier développement axé sur la revalorisation des déchets de câbles électriques s’impose comme une alternative redoutable.

Concernant notre projet de séparation des résines plastiques, une étude sur la filière du recyclage plastique en France, parue en 2015, a mis en évidence le retard de la France par rapport aux autres pays européens sur ces questions. Dans la foulée, un dispositif, mobilisant plusieurs dizaines de millions d’euros et géré par l’Ademe, a ainsi été mis en place. On voit donc à quel point le recyclage de matières, et du plastique en particulier, est un développement d’avenir avec une réelle prise de conscience de nos politiques. Il devient impératif pour les générations futures de redynamiser les filières du recyclage des plastiques en France.

Quels sont vos perspectives de développement ?
Nous proposons actuellement ce nouveau séparateur recycleur sur le territoire français mais allons très rapidement travailler à l’exportation. Par ailleurs, l’entreprise est dans une période de forte croissance. Lors de sa création en 2009, CITF ne comptait que cinq salariés. Nous sommes aujourd’hui 30, répartis dans trois départements. Après avoir réalisé un chiffre d’affaires de 1,3 million d’euros en 2015, notre stratégie est d’atteindre un CA de 5 millions en 2019 avec un effectif de 50 salariés.

Plus d’informations sur www.citf-group.com
eco-jonction février 2016

 

Abonnez-vous à la newsletter mensuelle et gratuite d’eco-jonction.com en cliquant ici

Comments are closed.